Le réseau de chaleur bois

(Mis en ligne mars 2017)

Lors de sa séance du 16 février 2017, le conseil municipal d'Aurillac a retenu la société Engie-Cofely en qualité de délégataire du service public du réseau de chaleur bois d'Aurillac. Présentation de ce projet majeur d'un coût de 17 millions d'euros.

Suite à une étude de faisabilité initiée en 2012 par Alain Calmette, alors maire, le conseil municipal a approuvé, par délibération du 6 mai 2015, la création et la délégation d'un service public de production et de distribution d'énergie calorifique.
Au terme d'une procédure longue et complexe, la société Engie-Cofely a finalement été désignée comme délégataire pour mener à bien ce projet de réseau de chaleur bois.

 

Dossier : Le réseau de chaleur bois
Photo 1 / Le futur réseau de chaleur bois d’Aurillac s’appuiera sur une filière locale déjà bien rôdée

 

Pourquoi un tel projet ?

À travers ce projet, la ville d'Aurillac entend permettre aux abonnés du réseau de bénéficier d'une facture énergétique plus avantageuse et mieux maîtrisée dans le temps pour la satisfaction de leurs besoins de chauffage et d’eau chaude sanitaire.
De plus, ce projet devrait contribuer au développement local et durable, en assurant une production d’énergie issue très majoritairement de ressources renouvelables locales.
Avec 40 000 MWh livrés par an, la chaleur de ce réseau de chaleur biomasse proviendra à plus de 85 % du bois et sera complétée en période de pointe par du gaz naturel.

 

Quel périmètre pour le réseau ?

Adossé à une chaudière centrale pressentie sur le site de l'Yser, ce réseau de chaleur bois pourra desservir les bâtiments collectifs, publics et privés, équipés d'un chauffage central et situés au sud du secteur des Carmes.
Désormais, la société Engie-Cofely va pouvoir débuter la commercialisation du réseau auprès de ses potentiels clients que sont la ville d'Aurillac, dont une vingtaine de bâtiments peuvent être concernés (groupes scolaires, centre social, crèche, locaux administratifs…), les bailleurs sociaux, qui comptent douze bâtiments dans le périmètre, et les syndics de copropriétés privées. Des équipements tertiaires publics et privés sont également susceptibles de prendre part à ce projet.

 

Un chantier d'envergure

Durant cette phase de commercialisation s'engagera simultanément un important chantier portant sur la création de 15 kilomètres de réseau pour acheminer l'eau chaude aux différents immeubles. L'ampleur de ces travaux doit être rapprochée des bénéfices tirés de cette réalisation, à savoir la durée de vie de près de 40 ans du réseau et les économies envisageables pour ses abonnés.

 

 

Pierre MathonierQuestions à ... Pierre Mathonier, maire d’Aurillac

 

- Pourquoi la Ville d’Aurillac s’est-elle engagée dans une telle démarche ?

La volonté municipale est de permettre aux abonnés du réseau une réduction significative de leur facture énergétique. Mais pour être mené à son terme, ce projet doit faire l'objet d'une appropriation collective. En effet, le taux de commercialisation doit être suffisamment important pour permettre à cette opération d'être rentable. En deçà d'un certain seuil d'abonnés, le projet ne pourra malheureusement pas voir le jour.

 

- Comment se finance un projet d’une telle ampleur ?

Outre la diminution de la facture énergétique des abonnés, ce projet de 17 millions d'euros représentera une bouffée d'oxygène pour notre tissu économique local. Compte tenu de l'impossibilité pour la ville d'Aurillac de porter financièrement un tel projet, le principe de la délégation de service public a été retenu. Ainsi, la société Engie-Cofely portera l'intégralité de l'investissement. Cela fait également partie du rôle des élus que de trouver des montages innovants susceptibles de faire aboutir des projets indispensables à notre commune.

 

- Quel est l’intérêt de la ville d’Aurillac d’avoir facilité un tel réseau ?

Il est triple. Tout d'abord, et je l'ai déjà souligné, il va offrir aux abonnés du réseau la possibilité d’avoir une énergie moins coûteuse et moins polluante. Ensuite, il va renforcer et développer la filière bois cantalienne. En effet, cette opération va permettre de créer des emplois et de générer des retombées économiques significatives, puisque 1 million d’euros seront injectés dans cette filière. Enfin, le délégataire s’est engagé à travailler avec des entreprises locales pour la construction du réseau et de la chaudière.

 

 

 

Le point de vue des principaux acteurs

Questions à ... Yvan Taillefer, chef de projet chez Engie-Cofely

 

Yvan Taillefer

- Avez-vous déjà mis en place de tels réseaux ?

En Auvergne, nous avons eu la chance de nous voir confier la réalisation de neuf projets et infrastructures de ce type depuis dix ans. Dans le Cantal, nous en avons construit deux, et en exploitons sept techniquement. Au-delà des 120 réseaux de chaleur sur lesquels nous intervenons en France, l’expérience capitalisée et le volume d’activité dans ce domaine précis nous permettent de disposer au plan local de collaborateurs et de partenaires expérimentés et spécialisés.

 

- Quel va être votre calendrier de travail ?

Une première phase d’autorisations administratives de 12 mois est nécessaire. Les travaux, d’une durée de 18 mois, débuteront ensuite, pour une mise en fonctionnement du réseau de chaleur en septembre 2019. Une condition essentielle pour le démarrage des travaux sera l’engagement des futurs clients du service public. Le projet conduit par la Ville se présente aujourd’hui avec tous les avantages escomptés : énergie compétitive et stable financièrement, création d’emplois locaux et pérennes, performance environnementale, et génération d’une activité économique importante et durable. Ainsi travaillerons-nous avec des entreprises aurillacoises pour la construction du réseau et de la chaufferie centrale, et exclusivement avec des entreprises du bassin pour la production du combustible bois. De ce fait, nous espérons, avec une information complète auprès des futurs clients du service, que cette condition d’adhésion pourra être vérifiée dès cette année.

 

- Comment allez-vous démarcher vos clients ?

Nous allons travailler sur deux plans. Le premier consistera à mettre à disposition de tous les informations relatives au projet et à ses avantages : financiers, techniques, économiques et environnementaux. Pour cela, un site internet va être mis en place dès le mois de juin (aurillac.reseau-chaleur.com). Une plaquette d’information sera disponible dès la signature du contrat, des invitations à des réunions d’information publiques, ainsi que des visites d’installations seront proposées. Parallèlement à cela, nous proposerons à chaque client potentiel identifié et/ou leurs gestionnaires de les rencontrer, puis de leur remettre une proposition de contrat d’abonnement au service, avec les caractéristiques et engagements dont ils pourront bénéficier. Pour toutes les étapes du processus de décision, notre équipe dédiée à la commercialisation du projet sera à la disposition de chacun. La ville d’Aurillac sera informée de l’avancée des discussions et validera la conformité des contrats proposés au règlement du service public.
Il est à noter que les maisons individuelles pourraient en théorie se raccorder au réseau de chaleur, mais qu’en pratique, cette possibilité ne peut être laissée qu’aux immeubles collectifs, pour permettre notamment d’exempter les clients de frais de raccordement, tout en pro- posant un tarif public de la chaleur très compétitif. Aussi, dans le cadre précis de la commercialisation du réseau de chaleur, nous rencontrerons en priorité les bailleurs sociaux et les syndics de copropriétés.

 

- Quels sont les impacts environnementaux du projet ?

Toute l’énergie nécessaire au chauffage et à l’eau chaude sanitaire sera produite de manière centralisée dans la future chaufferie de l’Yser.
Ainsi, les émissions polluantes seront contenues grâce à l’utilisation des dernières technologies : hauts rendements de production, filtration des fumées, analyse en continu de celles-ci... Près de 90 % de cette énergie de chauffage sera produite à partir de bois-énergie, qui conduira à effacer une quantité importante d’émission de gaz à effet de serre (CO2) produite jusque là par les chaufferies individuelles, au gaz naturel ou au fioul. Ceci permettra de réduire les émissions de CO2 dans les mêmes proportions, soit 10 500 tonnes par an évitées, ce qui correspond approximativement aux émissions de 5.000 automobiles diesel.

 

Questions à ... Maxime Bonhomme, cogérant de la société Avenir Bois Énergie

 

Maxime Bonhomme

- Le projet de réseau de chaleur bois d’Aurillac devrait nécessiter 17 000 tonnes de bois par an. Serez-vous en capacité de les fournir ?

Nous travaillons sur le projet d’Aurillac depuis un an et demi. Nous avons été consultés par les différents candidats et avons répondu favorablement par un projet de regroupement des différentes structures de la filière bois du Cantal à travers la coopérative Unisylva, l’entreprise Teil recyclage et notre société Avenir Bois Énergie, qui regroupe plusieurs exploitants forestiers et scieurs de notre département. Avant de répondre à un tel projet, nous avons étudié le bon équilibre de l’opération à travers notre ressource et le potentiel pour assurer le fonctionnement sachant que le bois est une énergie locale et naturellement renouvelable.

 

- Au niveau de la filière bois locale, quel sera l’impact environnemental ?

Il n’y en aura pas. Aujourd’hui, moins de 50 % de l’accroissement annuel des arbres de la forêt cantalienne est exploité. Notre ressource en matière première est très importante sur notre territoire. Ainsi, on ne touchera pas à notre capital forestier. Au contraire même, ce projet va permettre de pouvoir faire des éclaircies et de la sylviculture pour améliorer les volumes de bois d’œuvre mis en marché. Le réseau de chaleur bois est une réponse au recyclage du bois de classe A (bois d’emballage) soit environ 1 000 tonnes ainsi que pour les bois issus des parcs et jardins, des bords de routes, des entretiens de barrages (bois flottés)...

 

- Au niveau de la filière bois locale, quel sera l’impact économique ?

Il va permettre le développement de nos entreprises locales. La matière première sera exploitée dans un rayon de 40 à 50 km autour d’Aurillac. L’impact sera donc important pour les bucherons, les débardeurs, les transformateurs et transporteurs, soit toute la filière bois cantalienne.